Archives pour la catégorie Justice

Ni interdiction, ni obligation …

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Il y a quelques années déjà, des jeunes filles de culture musulmane – voilées et non voilées – défilaient dans les rues de Bruxelles avec ce calicot à propos du voile:  » Ni interdiction. ni obligation « . L’interdiction du port du voile par les élèves dans certaines écoles a inévitablement conduit à la création d’écoles musulmanes. L’obligation faite à des jeunes filles de porter le voile sur injonction de leur père ou de leurs frères, les a privées de leur liberté d’expression.

Dans un pays qui fait de la neutralité de l’Etat un socle de son fonctionnement, peut-on cependant imaginer une policière, un juge ou une enseignante portant le foulard, la kippa ou le turban ou une croix en or ? Le citoyen aura-t-il encore le sentiment d’être traité en toute indépendance ? Pour moi, l’interdiction de signes convictionnels pour les employé.e.s de la fonction publique en contact avec les citoyens s’impose, dans l’intérêt de tous.

Il y a trois ans, Actiris a dû adapter son règlement suite au recours d’un employée devant le tribunal du travail, contre le règlement qui avait interdit le voile en 2013. Depuis, les employées qui le souhaitent peuvent porter le voile, même si elles occupent des fonctions en contact avec le public. Certains estiment que ce principe de neutralité débouchait en réalité sur de l’exclusion. Ce n’est pas mon avis, mais vous trouverez ICI un article de la RTBF qui aborde cette question.

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La gentrification en question

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Alors que Bruxelles souffre de paupérisation, toute tentative en vue d’y maintenir ou d’y ramener une classe moyenne est régulièrement rejetée et qualifiée de « gentrification ». S’il faut légitimement lutter contre les abus et le dérives de la gentrification, n’est-il pas regrettable de s’opposer à tout développement qualitatif en agitant le spectre de la gentrification ?

Selon CityLab, la renaissance de South Bronx à New York semble s’être opérée sans éliminer la population existante et sans rejeter ses valeurs et son mode de vie particulier.  Carter y affirme : “ Gentrification happens when people in certain communities are taught to believe that their neighborhood has no real value”. La construction de logements à prix abordable et la reconnaissance du mode de vie des habitants en sont les conditions de base.

Avec l’opposition qui se manifeste actuellement contre le contrat de quartier des Marolles, il pourrait être intéressant de lire le témoignage d’habitants du Bronx qui ne se sont pas opposés au développement de leur quartier pour autant qu’ils n’en soient pas exclus. Je vous livre ici un extrait significatif, mais je vous encourage à trouver le temps de lire ICI le texte complet paru sur le site de CityLab. Facile à lire, encourageant, à contre courant et rafraîchissant.

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La liberté de la presse ensanglantée

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C’est aux Etats Unis. Comme Charlie Hebdo, le  journal local Capital  Gazette d’Annapolis a connu fin juin la pire attaque contre la presse libre de son pays. CityLab évoque Rob Hiaasen, qui y a perdu la vie parmi quatre de ses collègues journalistes. Il écrivait des billets à propos des gens ordinaires, si beaux, si banals ou répréhensibles qu’ils fussent. Ils valaient toute la rigueur, la poésie et le professionnalisme qu’il mettait à rédiger ses textes et ils valaient largement les nombreux boring-ass city council meetings. Il vient de payer le prix de ses services.

CityLab relève qu’il donnait même la parole à une voisine sur un banc ou à un chat disparu. Il s’intéressait aux histoires tristes ou drôles des un-famous people. Cruelle ironie du sort, l’homme de 38 ans qui l’a abattu est le type même de personnage auquel il aurait pu consacrer une chronique. Il l’aurait fait avec grande empathie et curiosité.

Il n’y a pas de petite et grande presse. Il n’y a pas de là-bas et ici. Cette attaque n’est pas seulement dirigée contre un journal communautaire que le meurtrier haïssait, mais finalement dirigée contre le journalisme et la liberté de la presse en général. Une profession que le président des US se plaît à qualifier de enemy of the people.” Au cours de la cérémonie d’hommage, le maire de la ville a contesté vivement cette affirmation, pour lui, en ces temps polarisés:  “They’re not left or right. They’re us.”

Garder intacte sa capacité d’indignation


On nous donne à voir des enfants, des femmes, des vieillards, des hommes, rassemblés dans des cars et puis déversés comme des déchets en plein désert, sans réserves d’eau et de nourriture. Citoyens d’une ville, qui est aussi la capitale de l’Europe, pouvons-nous ne pas nous indigner devant le drame qui se déroule dans le désert algérien ? Pro ou anti Francken, les Bruxellois peuvent-ils faire autre chose que de condamner unanimement ce qui s’avère encore plus redoutable que le bannissement du Moyen Age ?

Devant l’horreur de l’innommable, il ne nous reste que les droits fondamentaux, l’ultime perche à laquelle nous raccrocher. La Ligue des Droits de l’Homme les rappelle fort heureusement. « Ces droits fondamentaux n’ont pas vocation à changer le monde, mais à garantir à chaque personne le respect de certaines prérogatives minimales liées à sa liberté et à sa subsistance. Ils reposent sur l’idée que nous sommes des êtres humains, pas des animaux ou des pierres. Quels que soient nos vices et nos qualités personnelles, nos capacités, notre niveau d’éducation et de richesse, ces droits sont censés nous être dus. C’est la raison pour laquelle la promotion des droits fondamentaux semble indissociable de la lutte contre les exclusions ».

Le respect des droits fondamentaux ne règle pas tout. « Il est a priori compatible avec le maintien des inégalités, il se borne à assurer à chacun le respect d’une série de prérogatives fondamentales. Il n’a pas pour objectif d’assurer le bien-être de tous. Le respect du pluralisme politique et social constitue justement une de ces prérogatives fondamentales. Cela signifie qu’une société respectueuse des droits fondamentaux verra forcément subsister des désaccords sur ce qu’est une société juste, sur la nécessité de promouvoir ou non davantage d’égalité réelle entre les individus, ou sur la manière de contribuer pratiquement à une société plus égalitaire.

Si vous trouvez le temps, vous pourriez lire la suite en pages 5 à 7 de l’article  » Aux marges des Droits  » de John Pitseys du CRISP dans la Chronique de la Ligue des Droits de l’Homme.

 

L’intelligence de la N-VA

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Je ne diabolise jamais la N-VA, qui reste un parti démocratique et un rempart contre le Vlaams Belang. Si on l’attend toujours avec une position claire de ses candidats bruxellois pour l’avenir de Bruxelles, l’intelligence de la N-VA est d’avoir plusieurs figures. On peut parler avec Jan Jambon (N-VA, vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur), on se dit que c’est un type respectable, mais quand on entend Theo Francken (N-VA, secrétaire d’État à l’Asile et la Migration, on est clairement à l’extrême droite. Sa mission est d’aller chercher les voix de l’extrême droite, de siphonner les voix du Vlaams Belang

On peut se poser la question de savoir si ce ne sont pas des provocations délibérées. On envoie Francken au feu avec comme objectif de tester jusqu’où on peut aller au niveau du gouvernement et faire un tabac dans les sondages. Ce que Francken fait, c’est monter les gens les uns contre les autres. Il surfe sur la peur du déclassement social. Vous avez cette classe moyenne à laquelle on s’adresse pour faire basculer les choses, qui a tellement peur de tomber dans le déclassement social, de devenir pauvre, qu’elle se fait le porte-parole de ces politiques en stigmatisant les plus faibles qu’eux.

C’est le côté cynique, machiavélique, pervers du système. On ne contribue pas à la cohésion sociale en agissant ainsi. Il n’y a pas de happy end au populisme. (ndlr faut bien que je vous dise que ne sais plus où j’ai trouvé ces phrases en italiques, mes excuses pour leur auteur).