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La leçon catalane

in L’Echo

Des extraits de l’éditorial « Le droit et l’adhésion » de Fréderic Rohart dans L’Echo éclairent une situation inédite, qui n’est pas sans intérêt pour la Belgique fédérale. « Madrid est dans son droit, Barcelone est dans son tort. L’État de droit est inaliénable. L’Europe, qui ne connaît que des Etats, ne peut (et ne veut) défendre les Catalans. L’Union fragilisée, ne peut se permettre le démantèlement anarchique de ses États-nations. Elle cherche la convergence et n’a rien à céder aux régions les plus riches, poussées par avarice à s’affranchir de l’indispensable solidarité nationale. »

Pourtant, l’Europe doit défendre la démocratie. L’adhésion des régions passe par le dialogue. Madrid et Barcelone ne comprennent pas cela. Et l’Europe risquerait gros à laisser l’Espagne et la Catalogne continuer de maintenir le couvercle de la casserole fermé et de voir si l’autre éteindra le feu qui couve. Demander à des millions de Catalans de respecter un cadre qu’ils n’acceptent plus, sans dialogue pour le faire évoluer, c’est leur demander d’accepter un lien de vassalité. »

Pour Bruxelles aussi, l’aventure catalane est pleine d’enseignements, pas seulement pour la Flandre, l’Ecosse et autres nations séparatistes. Un surcroît d’autonomie sera sans doute demandé par la Flandre dans le cadre d’une 7è réforme de l’Etat qu’elle souhaite, mais que certains partis francophones refusent. A Bruxelles, des voix se font entendre pour cette nouvelle réforme qui dresserait les contours d’une Belgique basée sur 4 Régions autonomes et solidaires, dans laquelle Bruxelles serait une Ville-Région à part entière, débarrassée de la tutelle bicommunautaire et d’institutions superfétatoires.

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Un conglomérat de métis

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Suite aux courants régionalistes et sécessionnistes qui se développent en Europe, il est peut-être nécessaire de rappeler qu’une démocratie mature doit fonder sa légitimité sur l’adhésion des entités qui la composent. Nous sommes loin de l’obligation et de la contrainte. Cette adhésion se mérite et se négocie.

En 1912, Jules Destrée, adressait au roi Albert 1er une lettre intitulée Séparation de la Wallonie et de la Flandre. Elle débute par cette phrase célèbre: « Sire, vous régnez sur deux peuples. Il y a, en Belgique, des Wallons et des Flamands, il n’y a pas de Belges ».
Mais ce n’est pas tout, les « Wallons et les Flamands de Bruxelles » vont en prendre pour leur compte:  » Une seconde espèce de belges s’est formée dans le pays, et principalement à Bruxelles. Mais elle est vraiment peu intéressante. Elle semble avoir additionné les défauts des deux races, en perdant leurs qualités. Elle a pour moyen d’expression un jargon innommable dont les familles Beulemans et kakebroek ont popularisé la drôlerie imprévue … Cette population de la capitale, dont quelques échantillons épars existent en province, n’est point un peuple; c’est un conglomérat de métis. « 

Essai. Les États-nations et les identités nationales perdent de leur importance par rapport aux nouvelles entités régionales, supranationales et mondiales. Bruxelles semble s’inscrire dans ce courant en optant pour la tendance postnationaliste. Les habitants de Bruxelles ne se considèrent pas comme une nation, mais plutôt comme un peuple composé de personnes d’origines diverses qui vivent en société sur un territoire déterminé et construisent progressivement leur propre « civilisation ».

Démocratie participative

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Pour la première fois, le parlement bruxellois a invité 40 Bruxellois dans son hémicycle pour parler Mobilité. Vous verrez dans les articles de la DH et de Bruzz sur quelles bases ils ont été sélectionnés.

Au programme de la première journée : rencontres avec les autres panélistes, ateliers et introduction à la mobilité bruxelloise par des experts de la mobilité pour mettre tout le monde au même niveau d’information. Et si certains doutent de leurs capacités à aborder cette problématique, David Van Reybrouck, auteur du livre « Contre les élections » brise ICI une lance en faveur de cette démarche qui doit se répéter si on veut limiter le poids la démocratie représentative.

Bien qu’il appelle à rester modeste, Charles Picqué admet quand même que l’expérience pourrait donner lieu à l’idée d’une sorte d’assemblée permanente des citoyens.

foto © Reine Nkiambote

Qui gouverne Bruxelles ?

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Vous me posez la question face à l’imbroglio causé à Bruxelles par Benoît Lutgen. La réponse est simple: le gouvernement régional bruxellois composé d’une coalition de partis issus des dernières élections et liés par un accord de majorité gouverne toujours la Région. Il n’est pas en  » affaires courantes « .

Qui veut faire tomber ce gouvernement doit présenter une majorité alternative. Par l’intermédiaire de son chef de groupe Benoît Cerexhe, le cdH a réaffirmé ne plus vouloir gouverner avec le PS après l’affaire du Samusocial. Comme son parti n’a pas réussi à présenter une majorité alternative, le gouvernement actuel reste en place.

Situation délicate pour Céline Frémault, la ministre de l’Environnement cdH, sommée de suivre les directives de son président de parti bastognard et reprises par Benoît Cerexhe qui verrait bien le MR remplacer le PS, mais qui n’a pas réussi à obtenir le soutien de Défi pour constituer une nouvelle majorité.

Tout cela ne semble pas susciter auprès d’un grand nombre d ‘élus cdH de Bruxelles le désir de se constituer en un parti humaniste bruxellois.

Oser mettre son siège en question

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C’est Julie de Groote (cdH) – présidente de la COCOF – qui s’y est prêtée en remettant en question les compétences – voir l’existence – du parlement bruxellois francophone, lors de la rentrée parlementaire de son institution. L’architecture politique bruxelloise est trop complexe et pour que cela change « Il faut que chacun, où qu’il siège, ose mettre sa position en question. Pas de Games of Thrones » déclare-t-elle à Bruzz, qui est un des rares médias à relever cette prise de position courageuse et le seul à l’interroger.

Julie de Groote confirme ainsi ce qu’elle me confiait il y a quelques années lorsque je lui disais lors de sa nomination à la présidence de la COCOF : « J’espère que c’est la dernière fois que j’assiste à la mise en place de la rentrée de cette institution » et que la présidente me répondait : « Moi aussi ».

Julie de Groote a martelé qu’il faut placer les compétences là où elles pourront être le mieux exercées (tiens donc). A titre d’exemple: elle cite la politique en faveur des personnes handicapées qui devrait être gérée par la Région – comme en Flandre et en Wallonie – parce qu’elle est en lien avec la Mobilité et le Logement gérés par la Région.

Il faut un compromis entre francophones et plus largement entre Bruxellois, à propos des institutions bruxelloises. Nous reviendrons bientôt sur tout ce qui devrait être remis en question dans la gestion de notre Ville-Région à la faveur des élections régionales de 2019.